Tout droit jusqu’au bout du monde

Paris, Editions Science et Service Quart-Monde, 1988 (ci-dessous un extrait de la Revue Quart Monde N°129)

Le « Bout du monde » est une cité ignorée comme il en existe tant. Avec beaucoup de sensibilité et de finesse, Jean-Michel Defromont nous y fait rencontrer des personnes vraies et nous rapporte des faits authentiques.

Le narrateur Monsieur Sévotin, veuf, isolé et sans ressources se rend un jour à la mairie afin d’y obtenir une aide financière, et en ressort avec au creux de la main la Déclaration universelle des droits de l’homme qui lui est remise par le maire lui-même.

La toile de fond de ce récit est constituée par cette fameuse déclaration qui, au fil des pages et des événements, ne semble pas avoir été écrite pour les plus pauvres. « Les droits de l’homme, ils ne sont pas prêts d’arriver au Bout du monde » dit un homme de la cité. Phrase clé de ce récit qui, lancée sous forme de boutade, dénonce cependant une criante vérité quand on est confronté aux faits de vie quotidiens de cette cité et de ses habitants : la menace d’expulsion de la famille Louverture, les coups et blessures portés à Monsieur Sévotin, le refus du droit de vote aux parents Louverture, le non-respect de cette même famille par le placement de la fille aînée, la mort tragique de Vanessa dans l’incendie de la maison.

La liste pourrait encore s’allonger mais toutes ces atteintes à la dignité humaine n’illustrent que trop bien le fait que la misère est une violation réelle des droits de l’homme.

L’auteur ne veut cependant pas nous livrer une histoire à laquelle la succession d’événements intolérables donnerait ce coté misérabiliste et pesant dont on sort désespéré. Au contraire, il met en évidence le courage et l’énergie de Monsieur Sévotin qui prenant conscience que « les droits de l’homme ne viendront pas tout seuls au Bout du Monde », veut témoigner de la vie de ces familles en s’attachant à la rédaction d’un livre. C’est sur cette note pleine d’espoir que se referment ces quelques pages de vie.

Un livre délicat, émouvant aussi puisqu’on y voit revivre le Père Joseph et le rassemblement des défenseurs des droits de l’homme à Paris, au Trocadéro, le 17 octobre 1987.

Un ouvrage pour tous, à découvrir et à faire découvrir en ces jours anniversaire des 40 ans de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. (Patricia Wathelet).

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